
À la chaîne (2024) d’Eli Cranor, traduit par Emmanuelle Heurtebize…
Le résumé de l’éditeur: Springdale, Arkansas. Gabriela et Edwin, tous deux d’origine mexicaine, travaillent depuis sept ans à la chaîne dans une usine de poulets, à quelques kilomètres du parc de caravanes où ils vivent. Espérant mettre assez d’argent de côté pour un jour partir ailleurs, ils supportent tant bien que mal leurs conditions de travail inhumaines et leurs salaires de misère. Le jour où le directeur de leur usine, Luke Jackson, renvoie Edwin sans ménagement ni réel motif, ce dernier est bien décidé à ne pas se laisser faire. Quitte à s’en prendre à Luke et à sa femme, Mimi, jeune mère au foyer. S’il veut seulement obtenir réparation et que justice lui soit rendue, les événements vont cependant très vite lui échapper. C’est le début d’une spirale infernale pour les deux couples, qui, de façon impitoyable, vont être mis face à leurs responsabilités.
Très enthousiaste sur le précédent roman d’Eli Cranor, Chiens des Ozarks, je me suis empressé de lire À la chaîne dès qu’il est sorti. Et là aussi, cela a été une lecture très forte et ce n’est pas avec les éléments habituels du roman noir que ça le fût. Il est déjà très touchant sans avoir besoin des rebondissements du noir.
À la chaîne, c’est avant tout un roman social et j’ai rarement été aussi touché lorsqu’un auteur me raconte la misère générale des travailleurs pauvres, sans diplôme, ces petites mains qui travaillent À la chaîne. Un vrai enfer déshumanisé, dur, sans reconnaissance, un travail aux salaires abusivement bas.
Eli Cranor fait fort en mettant dans la structure de son roman, l’autre versant de la chaîne. Le contraste est énorme. Un terreau fertile pour la tragédie. La lutte des classes ne suffit pas. Eli Cranor est un peu plus fin en dédiant ce roman aux femmes et c’est salutaire. Je n’en dis pas plus pour ne rien déflorer à ce qu’il s’y déroule.
Là, il déploie une justesse de ton pour déjouer les caricatures inhérentes à une telle histoire. On lui pardonne quelques facilités pour que l’intrigue s’articule parfaitement. À la chaîne est un roman touchant, noir à souhait et nécessaire pour ne pas oublier qu’il y a des gens qui souffrent encore au travail.

Ton avis est suffisant alléchant pour que je note ce livre ! Merci pour ton partage 🙂