LE BRUIT ET LA FUREUR DE WILLIAM FAULKNER

Le bruit et la fureur (1929) de William Faulkner…

Le résumé de l’éditeur de poche, ici«Le bruit et la fureur a été pour Faulkner œuvre de dilection, chérie entre toutes parce qu’elle avait été son plus bel échec, aimait-il à dire, tentative nécessairement faillie et toujours recommencée d’apprivoiser l’image de beauté qui le hantait, celle de Caddy, sa « belle et tragique petite fille » ; œuvre de son élection, de la certitude éblouie de l’écrivain qui se sait désormais poète – « esprit consacré », selon l’expression de Wordsworth dans Le Prélude (livre IV, v.337).
Que ce roman ait été pour son auteur expérience d’écriture, c’est-à-dire littérature, c’est-à-dire certitude d’entrer en Littérature, avec l’évidence irrécusable de l’orage, amène le lecteur à se faire co-écrivain, à co-naîtreau texte, comme disait Paul Claudel, à faire que sa lecture soit à son tour écriture.
Le bruit et la fureur réfléchit aussi le lieu et le temps où il s’inscrit. Le temps qui sépare la guerre de Sécession de ces années vingt où Faulkner entre en littérature – temps du déclin du Sud et de la remémoration obsessionnelle du passé – est une période de transition où le Sud passe de l’économie agraire des plantations et d’une stratification sociale immuable à une économie industrielle où sont remis en cause tous les paradigmes socio-économiques (la famille, l’ancêtre, le maître…), fondés en dernière instance sur les valeurs de la masculinité.»
François Pitavy

Voila un morceau de Littérature avec un grand L majuscule. Prix Nobel 1949. Un monument. Et après Sartoris, son précédent roman dont mon avis mitigé ne m’empêchera pas de lire Le bruit et la fureur. Et voila ce qui est fait. Laborieusement! Sans grand plaisir, je dois le dire.

Je ne vais pas juger William Faulkner mais la façon dont le lecteur que je suis a perçu cet oeuvre.

Et contrairement à mes habitudes, je recommande de lire la préface, au moins en diagonale car sans ça, il y a des chances que vous décrochiez. Il faut le dire. La première moitié du roman est très dur à lire, presque l’ouvre d’un insensé, sans logique.

Stylistiquement, c’est indigeste, indigeste mais justifié par l’histoire. Nécessaire même. William Faulkner est de ses auteurs entiers qui ne ménagent pas du tout son lecteur, presque le  pousse-t-il délibérément jusque dans ses derniers retranchements. Je ne sais pas si cela est bien mais il ne transige pas avec son art ce qui est remarquable.

Le bruit et la fureur, c’est un histoire de famille du sud des États-Unis. Tableau glaçant d’une époque en fin de cycle, William Faulkner fait dans la dentelle littéraire avec une prose très précise et recherchée. Mais cette méticulosité stylistique ne masque pas la violence insidieuse, sournoise qui se dégage de ses lignes.

Triturant l’âme humaine de ses personnages, William Faulkner parviens à restituer par les mots, les magmas bouillants et fiévreux des membres de la famille Compson et on devine entre les lignes, les motifs de cette déréliction. C’est plutôt subtilement amené.

Finalement, outre la difficulté à la lire la première moitié du roman ce qui me déçois un peu, c’est la promesse d’un drame à venir. Le fond du fond. La déchéance. Je m’étais imaginé une fin à tout le moins romanesque et dramatique. Mais le drame annoncé (préface) est avorté pour laisser le lecteur que je suis dans l’expectative de quelque chose de plus intense. Ce faisant, William Faulkner ancre le récit dans une certaine forme de réel.

Alors, est-ce un roman incontournable? Je le pense mais pour un lecteur un minimum averti qu’il se lance dans une oeuvre dont son implication est nécessaire. Et oui, William Faulkner est un auteur à lire ne serais-ce que pour son intégrité stylistique. Il est possible d’ajouter que Le bruit et la fureur est l’oeuvre phare de William Faulkner car elle a été détesté à sa sortie, ce qui en dit pas mal sur le caractère rebelle de l’auteur.


Livrepoche.fr, un livre, une poche…

9 Comments
    • Mon avis sur Livraddict n’est que partiel! Mais je viens d’attaquer la 3e partie et le style change pour devenir plus « lisible » et, pour le moins, ce roman ne manque pas d’intensité!

  1. Haaa, pas mal frustrant ça d’attendre pendant tout le roman quelque chose qui ne vient pas (ou qu’en partie)…
    En matière de style ardu, je crois avoir fait pire que ce que je pourrais trouver dans Le bruit et la fureur… : La nébuleuse de l’insomnie d’Antonio Lobo Antunes ^^

    • Je te copie ce que j’ai écris à la fin de mon article quant à la compréhension :
      « Ce que j’ai compris : souvenirs décousus d’un jeune adulte « autiste » (l’idiot) enfermé dans un hôpital psychiatrique qui nous ouvre les portes de son esprit. Esprit sans sommeil, tourmenté par les réminiscences d’une enfance où se croisent (mais pas vraiment) le grand père (despotique), la grand mère (malade), le frère (écrivain?), la tante (morte?), le commis (le père???), le père (ou pas…), la cousine (oiseau de mauvais augure), des bêtes que l’on tue (pauvres lapins). Confusion de souvenirs où la mort plane bien souvent, où les interrogations à la filiation sont permanentes, où la sauvagerie humaine perce confusément. »

      Si l’avis complet et voir un extrait du roman t’intéresse, c’est par là :
      http://quel-bookan.hautetfort.com/archive/2012/09/14/la-nebuleuse-de-l-insomnie-antonio-lobo-antunes.html

      🙂

    • Je suis allez lire ton article et effectivement ça à l’air encore pire que Faulkner! Pas trop envie d’aller me frotter à ce genre de style! Même si ta chronique est désopilante et restitue (peut-être) ce qu’on peut ressentir à la lecture!

  2. Je te tire mon chapeau pour avoir réussi à écrire une chronique sur ce roman très particulier… 😉 Pour en revenir à ce que je disais sur Livraddict, j’essayerai de le relire, mais ce n’est pas ma priorité…en tout cas celui ci…peut être un autre de l’auteur.

    • Merci Jessica! Et je te conseille de tenter d’autres titres de Faulkner, obligatoirement plus accessible! Enfin j’espère… 😉

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