L’assassin qu’elle mérite de Wilfrid Lupano et Yannick Corboz

L’assassin qu’elle mérite (2010-2016) de Wilfrid Lupano (scénario) et Yannick Corboz (dessin)…

1. Art nouveau (2010)

Le résumé de l’éditeur: La délinquance comme forme d’art.
« Alors mon but sera atteint. J’aurais contribué, dans la mesure de mes ressources, à créer un gredin, un ennemi de plus pour cette odieuse société qui nous rançonne. » H.K. Huysmans
Vienne, 1900. Deux riches noceurs, désabusés et cyniques portent un regard impitoyable sur ce milieu artistique viennois de la Sécession qui prétend révolutionner l’art. Un soir d’ivresse, ils font le pari de transformer un jeune homme pauvre en ennemi de la société, de le façonner à leur guise, comme une œuvre d’art vivante. Ils choisissent le jeune Victor qui passait par là. À leur côté, le jeune homme va découvrir des plaisirs insoupçonnés derrière les murs de la plus prestigieuse maison close de Vienne. Un monde de volupté et de raffinement s’ouvre à lui. Un monde dans lequel il y a la merveilleuse Mathilde. Un monde qui n’est pas le sien.
Quel sera le prix à payer pour que le rêve se poursuive ?

J’ai vu la couverture, Wilfrid Lupano au scénario, une série terminée, je me laisse tenter par L’assassin qu’elle mérite et ce premier tome, Art nouveau.

On est plongé dans une Autriche de début de siècle dernier avec son lot de misère et d’insouciance, de gamins des rues et de l’opulence. Les dessins de Yannick Corboz s’accordent bien à ses contrastes. Le trait puissant, épais, les ombres franches , noires, intensifient une histoire plus forte que ce à quoi je m’attendais.

Wilfrid Lupano a posé les bases d’une aventure psychologiquement prenante et profonde. À la lecture, cela me fait penser au Portrait de Dorian Gray et après coup, je rajoute une teinte faustienne à mon ressenti. Ce premier tome, Art nouveau, m’a beaucoup plu si ce n’est une tonalité de planches plutôt tristoune mais cela ne pouvait en être autrement. Vivement la suite.


2. La fin de l’innocence (2012)

Le résumé de l’éditeur: Le piège se referme sur Victor… mais les chats se sont désintéressés de leur proie.
Pour l’amour de l’art, deux riches noceurs ont fait le pari de transformer un jeune homme pauvre en ennemi de la société. Choisissant au hasard, ils ont abreuvé Victor Wickhoff de richesses et de luxure avant d’arrêter brutalement leurs largesses et de l’abandonner à son sort. Perdu, frustré, Victor tente de se venger l’arme à la main, mais l’affaire tourne au fiasco. Il s’enfuit, et c’est son père qui est arrêté à sa place… Le jeune homme, plus seul que jamais, est recueilli par Hermann, un ouvrier au chômage, militant des théories antisémites qui se développent dans la Vienne de 1900. Il propose à Victor une inquiétante lecture de ses malheurs : celle du complot juif…

Dans la directe suite du tome précédent, La fin de l’innocence change quelques peu de ton. L’histoire bascule vers des mésaventures sous le coup d’un fatalisme inexorable, une descente aux enfer du héros qui se démène pour récupérer ses erreurs et existé dans ce monde et s’y faire une place. Mais quelle place?

Le scénario de Wilfrid Lupano accentue aussi une situation européenne sociale où l’antisémitisme croît sur le terreau de la misère. Cette pauvreté qui a besoin de responsable à leur malheur. On y sent l’injustice et le fatalisme. L’inéluctable montée de pensées tronquées qui seront récupérées politiquement, on sait comment.

Les traits des dessins de Yannick Corboz me semblent moins sombres mais sont toujours très efficaces et expressifs. Je ne doute pas qu’il e sera de même jusqu’à la fin.


3. Les attractions coupables (2014)

Le résumé de l’éditeur: Bien que leurs vies aient été détruites par les manipulations d’Alec, Victor et Klément semblent encore nourrir une malsaine dépendance envers leur mécène. Ils décident de le retrouver à Paris où se déroule justement cette année l’Exposition universelle. Un lieu étrangement propice pour la venue de Victor en tant qu’œuvre d’art vivante… Irrésistiblement attiré par son ancien mentor, Victor se fait espion et découvre peu à peu que si Alec est à Paris, ce n’est pas simplement pour profiter des attractions de l’exposition. Le dandy viennois a de surprenantes fréquentations et semble nourrir de sombres desseins.

Je n’ai laissé que 2 semaines entre la lecture du tome précédent, La fin de l’innocence, et pourtant, j’ai vérifié par 2 fois que je n’avais pas sauté un épisode. Et bien non! Il m’a fallu un certain temps pour recoller cette grosse ellipse dans le scénario de Wilfrid Lupano. J’avais l’impression de personnages que je  ne reconnaissais pas. Je soupçonne les auteurs d’avoir coupé quelques évènements pour raccourcir L’Assassin qu’elle mérite.

L’histoire aussi part sur une autre forme. Obsédé de vengeance, notre héros a du mal à se situer dans ce trouble qui le ronge. Il est torturé psychologiquement et ne se défait pas de sa colère. C’est le fil conducteur de L’Assassin qu’elle mérite. j’ai un peu moins adhéré à ce tome-ci mais c’est peut-être car il manque d’unité ou de fluidité par rapport au précédent. On verra ce qu’il en est du dernier tome.


4. Les amants effroyables (2016)

Le résumé de l’éditeur: Paris, 1900. Victor a finalement sauvé Léna, celle qu’il avait prévu d’assassiner pour se venger d’Alec ! Dès lors, comment parvenir à faire payer son ancien mentor ? La réponse se trouve peut-être dans la lettre de revendication qu’il a subtilisée à ses nouvelles fréquentations. Un couple de révolutionnaires qui compte faire exploser le prestigieux palais de l’électricité, alors même que le débat sur la modernité frappe le Paris de l’Exposition Universelle…

Suite directe du tome précédent, je m’interroge un peu sur les circonstances de création. Cette série était-elle prévu telle quelle? Il me semble que le fil conducteur s’est effiloché et les thèmes sont changeant ce qui du coup, les rendent flous. Les amants effroyables, comme Les attractions coupables se déroule durant l’exposition universelle de Paris et on entre dans les coulisses d’une révolution contre les progressistes. Mais peut-être n’avons-nous pas tous les éléments car c’est Alec qui finance et c’est clairement le personnage le plus intéressant. Le romantisme qui se dégage de ce personnage m’a séduit.

La fin de la série nous amène vers un final puissant et tragique mais j’ai l’impression que les auteurs Wilfrid Lupano et Yannick Corboz sont passé à côté de ce qui est initié dans le premier tome, Art nouveau. Cela n’en reste pas moins une série sympathique à lire.


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