UNE MORT TRÈS DOUCE DE SIMONE DE BEAUVOIR

Une mort très douce de Simone de Beauvoir par Livrepoche.fr

Une mort très douce (1964) de Simone de Beauvoir…

Le résumé de l’éditeur de poche, ici«La journée du mardi se passa bien. La nuit, maman fit des cauchemars. « On me met dans une boîte », disait-elle à ma sœur. « Je suis là, mais je suis dans la boîte. Je suis moi, et ce n’est plus moi. Des hommes emportent la boîte ! » Elle se débattait : « Ne les laisse pas m’emporter ! » Longtemps Poupette a gardé la main posée sur son front : « Je te promets. Ils ne te mettront pas dans la boîte. » Elle a réclamé un supplément d’Équanil. Sauvée enfin de ses visions, maman l’a interrogée : « Mais qu’est-ce que ça veut dire, cette boîte, ces hommes ? – Ce sont des souvenirs de ton opération ; des infirmiers t’emportent sur un brancard. » Maman s’est endormie.»

D’après Sartre, ce serait son meilleur écrit. Je dois avouer que je n’avais jamais lu Simone de Beauvoir auparavant. Elle fait partie d’une sorte de panthéon d’auteurs passés à la postérité. Impressionnant avant de connaître. Intimidant. Des noms illustres dans le dictionnaire.

Mais une fois que je me suis lancé, allégé de mes aprioris qui, jusque là, me retenaient, j’ai pu rencontrer l’auteur dans ce récit autobiographique. Et pas des moindres car Une mort très douce parle de la mort de sa mère sur fond d’euthanasie et d’acharnement thérapeutique.

En lisant un peu la biographie de Simone de Beauvoir, on se fait rapidement une autre idée de la femme qu’elle fût, assez loin du visage de la vieille femme qui reste en tête. Et quelle femme! Je suis surpris d’apprendre qu’en plus d’être intelligente, elle était anti-conformiste et surtout, libre. À l’époque, ce devait être quelque chose. Je vous invite à lire sa biographie sur Wikipédia. Vous porterez un autre regard sur cette femme.

Une mort très douce est le récit de la mort de sa mère à l’hôpital. Simone de Beauvoir nous dévoile sans fard les émotions qui la traversent, entre description distante des faits et exploration des sentiments de disparition. Elle nous raconte le calvaire qu’a traversé sa mère à cause d’un acharnement du corps médical à vouloir maintenir en vie la mourante, malgré la douleur et malgré l’inéluctable conclusion à venir. Simone de Beauvoir explique très bien le processus de transmission de confiance que chacun donne corps médical, une confiance aveugle.

Simone de Beauvoir nous fait entrer dans l’intimité de la relation mère/fille, tourmenté, fait de reproches, de non-dits, fait d’une simple opposition de l’exemple que donnait la mère à sa fille.  C’est intime, c’est tragique, c’est la vie.

Elle donne à ce récit une teinte philosophique en se questionnant (et nous au passage) sur la fin de vie de nos proches, sur la souffrance endurée pour quelques jours de vie en plus, quelques jours d’horribles souffrances à cause de promesses de guérison.

C’est sur l’euthanasie que questionne Simone de Beauvoir avec Une mort très douce. Ce récit autobiographique, comme un journal de bord des évènements, n’est pas un essai sur la fin de vie. C’est une oeuvre touchante et apaisée à la fois. Il y a de la colère et du pardon. C’est une histoire de vie. Celle de Simone de Beauvoir.

Je lirais ces Mémoires d’une jeune fille rangée et probablement d’autres oeuvres de cet auteur tant ce qu’elle représente comme figure féminine (féministe) me surprend et me séduit.

Livrepoche.fr, un livre, une poche…

7 Comments
    • Je pense que le lectorat féminin est plus à même de ressentir encore plus profondément ce que Simone de Beauvoir décrit dans sa relation mère/fille. C’est le genre de récit qui nous ramène vers nous, nos relations aux autres, à notre famille et plus on est proche de ce qui est décrit dans cette relation particulière, plus on sera secoué!

    • Je m’étais noté Mémoire d’une jeune fille rangée puis j’ai trouvé celui-ci dans la bibliothèque de mon beau-père et j’ai saisi l’occasion !
      Suivant le parcours de chacun, il peut faire plus ou moins résonance avec son propre vécu !

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