MONSTRES INVISIBLES DE CHUCK PALAHNIUK

Monstres invisibles de Chuck Palahniuk par Livrepoche.fr

Monstres invisibles de Chuck Palahniuk…

Après la déception de L’arrache-coeur de Boris Vian, j’ai délaissé une PAL conséquentes (plus de 100 romans en attente) pour aller chercher directement, dans ma bibliothèque, un auteur refuge, Chuck Palahniuk. Je regarde la petite dizaine de romans dans ma collection de poche, met de côté ceux que j’ai déjà relu et me laisse tenter par Monstres invisibles dont je n’avais pas gardé de souvenirs précis.

Le résumé de l’éditeur de poche, iciLa vie de Shannon ressemble à un conte de fées pour adolescentes : mannequin jeune et jolie, elle se partage entre son petit copain et Evie, sa meilleure amie, mannequin comme elle.
Un jour, au volant de sa voiture, une balle perdue lui brise la mâchoire inférieure. À jamais défigurée, tellement laide que son entourage fait semblant de ne pas la voir, Shannon est projetée dans un monde invisible dont elle devient un monstre emblématique.
C’est à l’hôpital que Shannon va trouver son salut en la personne de Brandy Alexander, transsexuel excentrique près de l’opération définitive. Grâce à elle, Shannon va apprendre à se réinventer une autre vie dans cette société américaine où tout n’est qu’apparence. Lors d’une course-poursuite rocambolesque qui la conduit à travers les États-Unis et le Canada, Shannon, rompant le cercle des apparences, connaîtra enfin la vérité.
Roman déroutant d’une noirceur assumée, Monstres invisibles surprend par sa forme élaborée et par le désespoir de son propos. Qui sont ces Monstres invisibles si ce n’est cette partie secrète de nous-mêmes qui triche sans cesse avec la réalité pour mieux coller aux apparences ? La lecture de Monstres invisibles laisse une sensation de malaise et de gêne. Le monde est-il vraiment comme l’auteur nous le décrit ? Palahniuk ne répond pas à cette question et laisse à chacun le soin de se forger une opinion.

Cette fois-ci, je le lis beaucoup plus vite et j’ai pu, en premier temps, apprécié la richesse du découpage ! C’est de l’orfèvrerie littéraire ! Il y a l’histoire et il y a la façon dont elle est donnée aux lecteurs. Je n’ai pas souvenir d’auteurs utilisant et maitrisant aussi finement l’art du « cut », du rythme. Et dans Monstres invisibles, c’est une merveille que naviguer à travers les flashbacks et découvrir l’histoire de Shannon McFarland.

J’étais fatiguée de demeurer une forme de vie inférieure uniquement à cause de ma belle gueule et de ma belle allure. p331

Second roman de l’auteur (3e édité pour cause de « trop dérangeant »), Monstres invisibles est dans la même veine du mythique Fight Club dont il partage les thèmes visiblement cher à l’auteur que sont la déconstruction, l’automutilation, etc… Ils sont ici habilement mis en scène dans une critique acerbe et totalement déjantée de la société capitaliste américaine. Lire du Chuck Palahniuk, c’est une expérience particulière. Tout comme dans Choke, il s’adresse à nos tripes autant qu’à nos sens.

Fais les choses qui te font le plus peur. p258

J’ai adoré la relecture de ce roman. L’intrigue, en plus d’être originale, s’articule autour de personnages marginaux, ses monstres invisibles justement qui sont trop souvent (lorsqu’il existe) réduit à leur marginalité dans les autres romans (pourquoi faut-il qu’il y ai toujours la présence d’un inspecteur, d’un journaliste ou d’un quelconque héros? il n’y en a pas ici, pas sous la forme que l’on s’imagine.) prennent chez Chuck Palahniuk une ampleur et une dignité « révolutionnaire ». C’est un régal de lecture.

Un vrai sourire, on ne peut le tenir qu’un temps limité, après, c’est juste que des dents. p192

On peut ajouter à cette éloge, le style inimitable de Chuck Palahniuk qui fait mouche dans Monstres invisibles. Philosophe moderne, l’auteur inonde son roman d’aphorismes, de « punch line » ultra-percutantes, habilement glissées dans la bouche de ses personnages, comme des sentences sous forme de claques dans nos bonnes consciences. Il y a quelques perles dans Monstres invisibles :

On ne vit jamais seule quand on a une carabine sous le lit. p147

L’être que vous aimez et l’être qui vous aime ne sont jamais, au grand jamais, la même personne. p208

Tu es à peu près aussi unique en ton genre qu’un billet de un dollar. p255

Votre naissance est une erreur que vous passerez votre vie entière à essayer de corriger. p307

Je voulais que quelque chose me sauve. Je voulais le contraire d’un miracle. p327

Je voulais abandonner l’idée que j’avais la moindre maitrise sur tout et rien. p332

Comme quoi tout le monde a besoin d’un gros désastre de temps à autre. p336

Il faut lire Chuck palahniuk car il est dans tous les registres. On se surprend souvent à sourire tant son humour est vivant. Il nous fait sortir de notre zone de confort en allant voir ce qui se cache derrière les rideaux tirés de nos voisins, ce que nous refoulons au plus profond, ce que nous ne voulons pas admettre.

Livrepoche.fr, un livre, une poche…

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