LETTRE D’UNE INCONNUE DE STEFAN ZWEIG

Lettre d'une inconnue de Stefan Zweig par Livrepoche.fr

Lettre d’une inconnue de Stefan Zweig…

Illustration originale de Christian Lacroix. Édition contenant Amok ou le Fou de MalaisieLettre d’une inconnue et La Ruelle au clair de lune.

Le résumé de l’éditeur de poche, iciUn écrivain viennois apprend en lisant son courrier qu’une femme l’aime en secret d’un amour absolu depuis des années… Une nuit, un voyageur rencontre dans un bar un homme autrefois dominateur, aujourd’hui humilié par une fille à matelots… Ces deux nouvelles publiées en 1922 témoignent de l’art de Stefan Zweig pour dépeindre les tourments de l’amour non partagé, la passion qui brûle les cœurs et détruit les vies… Traduction d’Alzir Hella et Olivier Bournac. Révision de la traduction de Brigitte Vergne-Cain et Gérard Rudent.

Je vais essayer de décrire ce que j’ai ressenti à la lecture de cet oeuvre sans le poids d’une préface de fan (Romain Rolland) ou des explications de texte qui me disent que c’est génial. Pas facile.

Tout d’abord, une chose que je trouve étrange dans ce recueil de 3 nouvelles, c’est que Stefan Zweig se met en scène à la première personne et devient le « cadre » de l’histoire qu’il nous raconte! Il la transmet comme elle lui est transmise (ou veut-il nous le laisser penser)!

Ce schéma se retrouve dans les 3 histoires de Lettre d’une inconnue. Cherche-t-il à nous faire penser que tout ce qui est dit est la vérité? Cherche-t-il à nous concerner, à nous placer encore plus proche de lui, dans la confidence ce celui qui raconte?

Le fait est que cela fonctionne. Les retours au « cadre » permettent de respirer un peu, prendre du recul, souffler un peu avant de repartir dans les récits intenses et passionnés.

Je me suis rapidement senti à l’aise (dès la 1er nouvelle, Amok et le Fou de Malaisie)…

Amok et le Fou de Malaisie

Le style de Zweig m’a emmené en terrain connu car j’y ai trouvé la même musique que Dostoïevski, un style viscéral! Un peu plus loin, j’ai lu qu’il avait écrit un essai sur cet auteur. Il est clair qu’il a fortement été inspiré par le russe tant ses récits transpire de fièvre, de folie, de passion.

Amok et le Fou de Malaisie est une histoire intense et torturée presque surréaliste. C’est la nouvelle qui m’a le plus fait penser à la filiation avec Dostoïevski. Le style au service de l’histoire devient syncopé, haché, encore sous le feu de cette folie tropicale. Stefan Zweig parvient à retranscrire l’histoire principale dans l’autre espace de temps, le « cadre » comme je le dis plus haut. Subtilement maitrisé, l’auteur clos Amok et le Fou de Malaisie d’une belle manière mais je n’en dis pas plus.

Lettre d’une inconnue

C’est la nouvelle phare! Stefan Zweig nous place toujours à côté de lui dans le récit et reste très flou quand à savoir si c’est un récit autobiographique ou une oeuvre totalement fictionnelle. Son style est précis une fois de plus pour nous faire entendre la voix de l’inconnue. Il en ressort une sorte d’élégance et il est difficile de ne pas rentrer dans cette histoire amère, cruelle et totalement délirante, celle de recevoir la lettre d’une inconnue qui nous raconte tout… Mais chut… J’aime à penser qu’un lecteur ne devrait jamais savoir par avance ce qui se passe dans un texte.

La ruelle au clair de lune

Cette nouvelle faisait partie du recueil initial (2 autres n’y sont pas) et reprend la même forme stylistique du « cadre ». Stefan Zweig nous livre une petite nouvelle riche en éléments, beaucoup plus noire dans laquelle il explore le sadomasochisme amoureux! Je la trouve un peu précipité par rapport aux 2 autres. Une longue mise en situation puis tout est très vite dit, comme si l’auteur n’était pas très à son aise avec le sujet.


Livrepoche.fr, un livre, une poche…

13 Comments
  1. Ah Zweig, quel grand auteur… je ne me lasse jamais de découvrir l’un de ses livres (je te conseille d’ailleurs Amok et 24 heures de la vie d’une femme si tu ne les as pas déjà lus) c’est toujours un ravissement de le lire !

  2. cela fait très longtemps que je veux lire la nouvelle Lettre d’une inconnue, la façon dont tu en parles me décide encore plus à dénicher le bouquin pour enfin me rendre compte par moi-même de cette nouvelle et du style de Stephan Zweig que je ne connais pas.

    • C’est sympa ce que tu dis Malya. Je pense que tu peux aller vers cet auteur qui a une écriture très élégante. Il y a de grandes chances que tu ne sois pas déçue!

  3. Tu as raison, il y a un peu de la musique de Dostoïevski chez Zweig. Je n’avais jamais fait le rapprochement, mais c’est intéressant de leur créer une filiation des mots. Bonne continuation à toi !

    • Fan de Dostoïevski, je ne pouvais pas passer à côté de la similitude. Plus qu’une filiation de mots, j’y vois une filiation de style, Zweig étant plus élégant, moins sombre…
      Et bonne continuation à toi aussi… 😉

  4. Bon les éloges de Zweig sont légions et toi, là, après m’avoir fait lire Dostoïesvki, tu fais ici le parallèle entre l’écriture des 2 auteurs.
    Il n’en faut pas plus pour me convaincre.

    Merci pour cette énième tentation

  5. Bon ben je viens de lire  » lettre d’une inconnue »… et ce que j’ai ressenti tout au long de ma lecture; c’est de l’agacement! pas pour l’histoire ni le style, mais la situation.. franchement,on n’a pas idée d’aimer comme ça! enfin bref, à la fin j’ai été chagrinée quand-même 😀

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