Les Saisons de Maurice Pons

Les Saisons (1965) de Maurice Pons…

Le résumé de l’éditeur: un beau jour du seizième mois de l’automne, Siméon arrive dans une vallée perdue où se succèdent inlassablement deux saisons, une de pluie et une de gel bleu, et où seules les lentilles parviennent à germer. En pleine saison pourrie, cet étranger qui se déclare écrivain cherche dès lors à prendre place dans la communauté hors du temps qui y vit, vaille que vaille. étranger au milieu de ces habitants taciturnes, Siméon devra s’affronter à une hostilité grandissante. Il est le paria, l’autre absolu. Parviendra-t-il à écrire le livre dont il a le projet ? Depuis près de quarante ans, Les Saisons conquit un réseau souterrain de lecteurs enthousiastes, souvent prosélytes, qui n’hésitent pas à faire circuler ce livre. Une confrérie d’initiés qui partage un même univers ; ils se connaissent et se reconnaissent entre eux, un peu comme les lecteurs de Malcolm Lowry ou de Julio Cortázar. Voici pour la première fois ce « livre culte » en poche chez Christian Bourgois. Maurice Pons s’y saisit de toute la crasse humaine pour la transformer en or. « Quand un monde est inhabitable, on le change, ou on en change. »

Quel étrange roman. Difficile à définir. Difficile à cerner aussi car sous l’étrangeté de l’univers que décrit Maurice Pons, on y cherche le sens caché. Les Saisons me fait l’effet d’une oeuvre à clefs. Le narrateur, écrivant cherchant la solitude pour écrire l’oeuvre témoignage de sa vie, ne peut pas ne pas être Maurice Pons par certains côtés au moins.

Mais c’est d’abord cette histoire qui nous entraine dans une folie insensée et décalée. Le style nous accompagne entre un grotesque hilarant et un malaise indéfinissable. Tout semble pouvoir arriver dans ce village oublié du monde où Les Saisons sont probablement métaphoriques. Que pensez de 16 mois de pluie que suivent 40 mois de gel finissant par quelques mois de neige. Et ces rappels au triste passé du narrateur évoqué par la sécheresse?

J’ai essayé de trouver les parallèles en lisant quelques avis et chroniques et le plus probant, pour moi, sans être certain qu’il y a réellement un lien, c’est que le temps d’avant (sécheresse traumatique) fait référence à la Guerre d’Algérie (Guerre terminée peu avant la sortie du roman). Par ailleurs, Maurice Pons a écrit Le Passager de la nuit sur cette Guerre. De plus (calcul perso), le temps de Les Saisons (16+40) donne à peu près la durée de la Guerre d’Algérie. Je vous laisse en penser ce que vous voulez. 😉

N’y a-t-il pas aussi, avec cette galerie de personnages surréalistes et leur comportement quelques métaphores. Je ne suis pas sûr mais j’ai envie d’y croire. Ajoutons à cela la place de l’étranger, de l’autre et vous avez un roman riche en thème.

Pour ce qui est du romanesque, à proprement parler, Les Saisons est à la fois drôle mais il y a quelque chose de viscéral, une relation au corps et sa finitude qui est plus dérangeante. Nul doute que ce roman parlera davantage à vos entrailles qu’à votre intellect.

En tous cas, Maurice Pons réussit une oeuvre majeure avec Les Saisons. D’ailleurs, ça fait plus de 50 ans que les lecteurs se passent le mot. Allez-vous passé le cap et vous laissez tenter par la pluvieuse et glaciale atmosphère de ce roman unique.


Livrepoche.fr, un livre, une poche…

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