AUCUN SOUVENIR ASSEZ SOLIDE D’ALAIN DAMASIO

Aucun souvenir assez solide d'Alain Damasio par Livrepoche.fr

Le résumé de l’éditeur de poche, iciUne cité de phares noyée par des marées d’asphalte où la lumière est un langage. Une ville saturée de capteurs qui dématérialise les enfants qui la traversent. Un monde où la totalité du lexique a été privatisée. Un amant qui marche sur sa mémoire comme dans une rue…

En dix nouvelles ciselées dans une langue poétique et neuve, Alain Damasio donne corps à cet enjeu crucial : libérer la vie partout là où on la délave, la technicise ou l’emprisonne. Redonner aux trajectoires humaines le sens de l’écart et du lien. Face aux hydres gestionnaires qui lyophilisent nos cœurs, l’imaginaire de Damasio subvertit, perfore les normes et laisse à désirer. C’est un appel d’air précieux dans un présent suturé qui sature.

– Les Hauts Parleurs

Première nouvelle du recueil et c’est déjà une claque d’originalité ! Alain Damasio est une virtuose de la langue (c’est une chance incroyable qu’il soit français car cette nouvelle est absolument intraduisible) et il s’amuse avec, la détourne, la retourne et nous offre une magnifique réflexion sur nos dérives sociétales dans une langue magistrale. Auteur incontournable avec La horde du contrevent et La zone du dehors, cette nouvelle fait montre d’un talent unique ! Incontournable !

– Annah à travers la Harpe

J’avoue ne pas avoir bien compris cette nouvelle ! Elle est resté distante, floue. Si quelqu’un a une idée sur la manière de l’appréhender, je serais curieux de la relire sous un nouvel angle.

– Le bruit des bagues

Thème cher à l’auteur mis en avant dans cette nouvelle, la privatisation du monde et la liberté de l’individu. Alain Damasio pose par petites touches les éléments qui amène la dérive de notre société occidentale et la façon dont on devrait y réfléchir. On sent le vrai révolutionnaire dans l’âme !

– C@PTCH@

C@PTCH@ est une nouvelle dense mêlant les points de vue avec une science-fiction ayant une forte identité et une inventivité prodigieuse. J’ai quand même été gêné par une sorte de froideur que je m’explique pas !

– So phare away

Anticipateur prolifique, Alain Damasio pond cette nouvelle « noire » sur le fond et sur la forme. Avenir extrême pour une humanité sur la fin, la vision de l’auteur sur les comportements de ses compatriotes est tout à la fois pessimiste et désenchanté. Même si l’évolution évoqué est assez peu probable, la part de l’homme dans cette histoire est très lucide (une des nombreuse qualités de Damasio) !

– Les Hybres

Première nouvelle ayant la forme de la nouvelle dans sa construction, Les Hybres est un beau petit récit plein d’ironie. Moins virtuose dans la narration, le récit est du coup plus « lisible ». Je l’ai personnellement beaucoup aimé !

– El Levir et le livre

Quête intemporelle pour le scribe (l’auteur) d’accoucher du livre ultime et disparaître. Est-ce la quête de d’Alain Damasio. Je dois avouer ne pas être très à l’aise pour analyser un récit tel que celui-ci surtout lorsque je n’ai pas partager complètement le texte. Je serais très friand de lumière à son sujet. Il est cependant possible de dire que la lecture est plus accessible dans le style que d’autres mais le sens (ou double sens) reste moins facile. M’attendant à la nouvelle la plus étourdissante du recueil, je suis un peu déçu. El Levir et le livre est, à mon goût, bien en dessous de Les Hauts Parleurs

– Sam va mieux

Belle nouvelle post-apocalyptique sur la solitude, Sam va mieux est une plongée dans un Paris déserté. Les pérégrinations psychologiques de ce qui semble être le dernier survivant sont superbement abordées. La construction mentale de protection contre la solitude est finement décrite.

– Une stupéfiante salve d’escarbilles de houille écarlate

On ne pourra pas reprocher à Alain Damasio de manquer d’imagination. Le récit de cette course folle et surréaliste débute de manière très floue (le style Damasio) et va en se simplifiant (si on peut dire). On y sent la jubilation de l’auteur de science-fiction accouchant de l’improbable réalité (ou de l’irréaliste probable.

– Aucun souvenir assez solide

Dernière et ultracourte nouvelle du recueil, elle est une belle et romantique vision de l’abandon et de la déchéance. Une histoire d’amour qui n’est plus. L’obstination à s’accrocher aux souvenir lorsqu’il ne reste plus rien.


Ce recueil de nouvelles d’Alain Damasio montre à quel point il est un écrivain unique. L’auteur de La horde du contrevent et de La zone du dehors est un auteur jouissif. Il utilise la richesse de la langue française pour la triturer, la presser, la tordre, en voir les limites et finalement, la magnifier. En virtuose des mots, il livre ici des pépites du genre (même s’il y a des disparités). Certaines sont restées trop obscures dans le style pour rentrer dans l’histoire. En revanche, la première nouvelle, Les Haut Parleurs est juste magnifique ! À lire ne serais-ce que pour celle là !

Livrepoche.fr, un livre, une poche…

4 Comments
  1. Ah ce livre est dans ma PAL, je vais lire ton avis sur la zone du dehors (oui aussi, je plaide coupable!). Je ne sais pas comment me lancer dans le pavé, mais je vais déjà lire la première nouvelle de ce recueil.

    • C’est toujours dur de se lancer dans un pavé. J’en ai quelques-uns qui traînent depuis un moment!
      Dans ce receuil, il y a quelques perles et un vrai plaisir d’écriture.
      La zone du dehors c’est de la SF ultra riche mais j’ai quand même préféré La horde du contrevent !

  2. C’est un plaisir Nicolas de retrouver dans ta manière de parler de l’auteur, ce que je pense moi même de lui. Un virtuose des mots qui m’a subjuguée dans La horde du contrevent!

    Je suis contente de savoir qu’en plus de La zone du dehors, il y a ce recueil à lire. Et je ne manquerai pas de revenir t’en parler (puisque tu poses des questions par rapport à certaines nouvelles) dès que je l’aurai lu!

    Merci encore pour le rappel 🙂

    • C’est vrai que c’est un auteur a part mais pourquoi n’écrit-il pas plus? Je veux qu’on parle de la nouvelle Les Hauts Parleurs que j’ai trouvé la plus ultime en terme de littérature française. On a de la chance qu’il écrive en Français car elle est intraduisible!

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