Joyland de Stephen King

Joyland (2013) de Stephen King, traduit par Nadine Gassié et Océane Bies…

Le résumé de l’éditeur de poche: Les clowns vous ont toujours fait un peu peur ?
L’atmosphère des fêtes foraines vous angoisse ?
Alors, un petit conseil : ne vous aventurez pas sur une grande roue un soir d’orage…

Tout d’abord, j’ai envie de dire qu’alors qu’on nous vend de l’horreur (couverture noire et illustration crépusculaire, résumé limite mensonger #clown) Joyland est un subtil équilibre entre le polar et le fantastique.  Le tout sans exagération. À moins d’être extrêmement impressionnable, vous ne devriez pas être effrayé par ce roman de Stephen King.

Ce qui m’a surpris dans cette lecture, c’est la plaisir d’être immergé dans cet univers de forains. Joyland n’est pas anxiogène. Il se dégage de la bienveillance chez beaucoup de personnages, une bonté qu’on ressent bien dans les lignes de Stephen King. Pas de terreur mais un mystère qui est à éclaircir tout au long du roman.

Et je me suis régalé à suivre les aventures de Devin, ce jeune homme en devenir qui se confronte à ce milieu poétique et entier. D’une certaine manière Joyland est un roman initiatique. Stephen King sait raconter la vie réelle, la vie normale, la société en général. C’est pourquoi ses romans ne sont rarement que des oeuvres de genre.

Alors oui, ici, l’originalité fantastique n’est pas au rendez-vous. C’est même du standard, du classique, du déjà vu et lu. Chez un autre auteur ce serait une faiblesse, chez Stephen King, c’est du grand art. Le roman se tient de bout en bout, sans faiblesse ni fausse note. J’aime beaucoup. Et je me demande quand est-ce que je vais tomber sur un Stephen King terrifiant, horrifique, angoissant? Peut-être qu’inconsciemment, je les évite.


Livrepoche.fr, un livre, une poche…

14 comments to “Joyland de Stephen King”
  1. Allez allez, les petits les grands, les papas les mamans, les jeunes les moins jeunes, prenez votre billet, le grand frisson vous attend, venez crier, venez hurler, venez rire et aimer avoir peur.
    Ce King m’attend, en PAL je l’ai.
    Hâte de ton avis.

    • C’est fait, l’avis est en ligne. Et c’est un avis très positif. Mais peut-être pas de grands frissons stricto sensu.

    • Ta chronique me pousse à affermir ma position qui rejoint la tienne. Au delà de l’étiquette Fantastique/Terreur qui est associée à l’auteur, je persiste et signe, King se montre, au gré de ses digressions ou pas, un excellent écrivain de littérature générale qui voit les choses et les êtres à l’échelle sociale humaine. C’est un spectateur de son époque et de sa nation. Et je l’aime quand il est comme çà. Cerise sur le gâteau…il peut faire peur (même si me concernant son frisson m’est devenu secondaire).

    • On est d’accord sur ce point. Je vais quand même essayer d’aller vers ces romans de réputation horrifiques pour voir ce qu’il en est. Ça, Simetierre, La part des ténêbres (avec un nom comme ça, il doit être terrifiant).

  2. J’aime justement cet auteur pour sa capacité à poser un regard acéré sur la société et les êtres humains. C’est une des grandes forces de son écriture et ce qui confère de la puissance à ses romans. Bien au-delà de l’aspect horrifique qu’on colle à la plupart de ses oeuvres.

    • Et je me demande pourquoi on parle toujours de lui comme un auteur horreur. Je ne suis pas encore tombé sur un roman qui m’a ne serais-ce que fait frétiller d’angoisse. C’est vrai il y a Cujo et Jessie dont la tension est bien monté mais c’est pas l’horreur comme on l’entend habituellement. Du suspense, ça oui…

    • Je pense que King poursuit deux buts: celui d’assurer la pérennité de ses finances et celle de faire œuvre d’auteur généraliste reconnu. « çà » est très représentatif de cette situation; les longues digressions autour de « L’american way of life » sont légion tandis que les tranches d’horreur ponctuent le déroulé de l’intrigue. Son noyau dur d’amateurs le perçoit comme auteur fantastique tandis que les autres viennent le lire pour le reste (c’est mon cas). Il agit sur deux tableaux, ratisse très large et en vit très bien.

    • Pour résumer: King m’apparait par nécessité un auteur de mauvais genres, mais aussi un autre qui dissèque au plus près les Etats Unis d’Amérique dans ce qu’ils sont, craignent et espèrent.

    • Tu as l’air de le considérer comme un calculateur. Je ne le pense pas. Je pense qu’il a une imagination hors norme et surtout, le talent de conteur. Je dirais même, le don. Ses histoires (la part fantastique mais aussi la part sociétale), c’est comme cela qu’elles lui viennent. Et ça marche sur beaucoup de lecteurs. Le seul calcul que je lui prête, c’est d’avoir augmenté la taille de ses romans pour augmenter le prix de vente. Mais comme il a l’écriture très facile, c’est pas très dur pour lui.

    • Oui, mon propos est caricatural. Chez lui, tout semble couler de source, avec facilité, dans l’élan. Ses nouvelles profitent de cette poussée vers l’avant, elles prennent des allures de romans. Ses deux versants, imaginaire et réaliste, s’emboitent parfaitement l’un dans l’autre et servent à son lectorat une bipolarité qui loin de lui être préjudiciable lui profite pleinement. L’avenir dira peut-être ce qui a été retenu de lui. J’espère que ce sera cet aspect pile face sans antagonisme d’une face l’autre.
      De plus il s’inscrit dans la durée et la prolificité. Pas d’usure. Pas de trous d’air. Cet auteur est étonnant.

    • Je vais pas en rajouter une couche hein, Alvin exprime pas mal de choses intéressantes sur l’auteur, ainsi que toi même Nicolas.

      Parfois, j’ai tendance à penser que cette étiquette du maître de l’horreur lui est plus venu suite à l’adaptation en film de ses romans. Parce qu’en film, clairement, c’est le côté horrifique, flippant qui est mis en avant. C’est d’ailleurs pour cela qu’il n’a pas aimé par exemple le Shining de Kubrick, car toute la portée sociétale, le côté profond de son roman a été zappé.

      Personnellement, j’aime ses romans car c’est un savant mélange entre le léger frisson (y a tout de même une certaine tension dans ses romans) et la réflexion sur la société américaine (voire la société tout court), mais pas que, y a aussi pas mal d’autres pistes comme les relations humaines, le poids de l’éducation, etc
      J’aime lire King pour sa profondeur en fait, je m’en rends compte de plus en plus.

      Indubitablement c’est un auteur intelligent et profondément humain.

    • Il est clair que les adaptations ne lui ont pas rendu service. Pas facile à restituer la globalité et les multiples facettes d’un roman non plus, j’en conviens. Quand King mourra, il passera à la postérité généraliste, j’en suis persuadé.

  3. cette chronique très positive donne envie de s’arrêter un peu plus sur ce livre. Je ne sais pas si les king font vraiment peur. perso, beaucoup ont eu peur sur salem mais moi je n’ai pas eu de grand frissons, bien que j’ai sursauter a different moment mais pour d’autre raison.

    • Pas encore lu Salem, ça viendra, il doit être en attente chez ma mère.
      Si tu lis du King la nuit, dans le silence, à la lueur d’une petite lampe et qu’une fenêtre claque chez toi, c’est normal de sursauter.

N'ayez pas peur de commenter