Rêve d’envol d’Hayat El Yamani

Rêve d’envol (2009) d’Hayat El Yamani…

Le résumé de l’éditeur: « Ce n’est pas ton frère qui est mort, c’est toi ! Et tu prendras sa place dans cette école ! » Cette phrase inouïe, prononcée par ma mère en pleine détresse, me fit l’effet d’une déflagration. Mon frère venait de mourir noyé, l’équilibre familial de voler en éclats, mais je n’avais pas le temps de m’attarder sur ma peine, il me fallait d’urgence endosser l’identité du disparu, pour ne pas laisser perdre sa solde de gendarme garantie à vie.

En quelques secondes, ma mère avait pensé la chose et me l’avait imposée, la ponctuant sans faillir d’un « c’est pour ton bien ! » Elle qui, d’habitude, se décrivait comme un être faible se révélait soudain dans sa toute-puissance, et moi, je n’ai rien su faire d’autre qu’obéir, donc partir, seul, encombré de deux vies tout en étant déclaré mort.

Fable moderne inspirée d’une histoire vraie, ce livre poignant soulève des questions existentielles cruciales. Qu’est-ce qui fonde l’identité d’un être ? Ce qu’il pense être dans son for intérieur ou ce que lui dicte son entourage, y compris le plus aimant ? Dans quelle mesure peut-on se forger un destin ? Est-ce seulement pour les raisons matérielles affichées que l’on quitte sa famille et son pays ?

Si j’ai lu Rêve d’envol, je vais pas vous mentir, ce n’est pas pour l’autrice, Hayat El Yamani dont j’ignorais l’existence. Ni pour la réputation du roman, je suis à peu près certain de n’en avoir jamais entendu parler. Ce roman traine dans ma bibliothèque. Il n’est pas à moi. Et parfois, j’ai envie du livre qui ne me dis rien, celui vers lequel je ne suis jamais sensé allé. Celui qui m’inspire le moins. C’est tombé sur Rêve d’envol. Et en plus, il est très court.

Stylistiquement, on est dans l’épuré, le simpliste. Pas de fioritures chez Hayat El Yamani. Tout est réduit à son archétype. Les faits et les émotions du narrateur. Dans une société de non-dits, beaucoup de choses passe dans les regards, dans les silences. Et c’est bien rendu dans ce roman.

La 4e de couverture dit que Rêve d’envol est basée sur une histoire vraie. Je vous laisse lire le résumé. Et ce fait extra ordinaire est le départ du roman. Il laisse présager une forme de voyage unique, fabuleux au moins tout aussi extra ordinaire que le départ. Mais tout retombe, petit à petit. Le soufflet original se transforme en petite analyse, sans intérêt, d’un réalisme trop quotidien pour ce qui est des émotions et une extravagance inutile pour les faits.

J’ai presque eu le temps de m’ennuyer. Du coup, je comprends un peu mieux le silence autour de Rêve d’envol. Silence que je vais contribuer à maintenir en oubliant probablement teneur de ce roman de Hayat El Yamani, tout oublié sauf cette scène d’ouverture et qui scelle la cruelle destinée du narrateur.


Livrepoche.fr, un livre, une poche…

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