Les Vieux Fourneaux de Wilfrid Lupano et Paul Cauuet

Les Vieux Fourneaux (2014 – xxxx) de Wilfrid Lupano (scénario) et Paul Cauuet (dessins)…

1. Ceux qui restent (2014), Prix des libraires de bande dessinée 2014, Prix du public Cultura au Festival d’Angoulême 2015, Prix de la BD Fnac Belgique 2015, Finaliste Prix de la BD Fnac 2015

Le résumé de l’éditeur: Pierrot, Mimile et Antoine, trois septuagénaires, amis d’enfance, ont bien compris que vieillir est le seul moyen connu de ne pas mourir. Quitte à traîner encore un peu ici-bas, ils sont bien déterminés à le faire avec style : un œil tourné vers un passé qui fout le camp, l’autre qui scrute un avenir de plus en plus incertain, un pied dans la tombe et la main sur le cœur. Une comédie sociale aux parfums de lutte des classes et de choc des générations, qui commence sur les chapeaux de roues par un road-movie vers la Toscane, au cours duquel Antoine va tenter de montrer qu’il n’y a pas d’âge pour commettre un crime passionnel.

Certains pourraient se demander ce que je faisais ses dernières années pour ne pas avoir lu Les Vieux Fourneaux et c’est une chose que je corrige ce mois-ci.

Malgré l’âge canonique des protagonistes, voila une BD rafraichissante. Les Vieux Fourneaux nous immerge avec un délice certain aux côtés d’octogénaires déjantés et touchants. Le scénario de Wilfrid Lupano, sensible et bienveillant, souvent drôle, raconte ce qui fait la vie, ses bons moments comme ses peines et la nostalgie qui s’en dégage n’a d’égal que les bons moment du présent, la présence de ses amis et de la famille.

Les dessins de Paul Cauuet m’ont ravi. Ils font partis de ce que j’aime beaucoup. Le trait est accentué, précis, expressif, enjoué. Ses gueules de vieux ne peuvent pas vous laisser indifférent.

Les Vieux Fourneaux, en tous cas ce premier tome, Ceux qui restent, aborde le deuil (forcement) et donne à réfléchir sur nos attitudes vis à vis de nos ainés mais le ton est clairement à la déconne, jamais moralisateur.

De plus, avec ce tome-ci, vous n’achèterez plus une baguette de pain sans penser à ses Les Vieux Fourneaux


2. Bonnie and Pierrot (2014), Prix Jacarbo au festival La BD est dans le pré 2015

Le résumé de l’éditeur: Déjà le deuxième tome des Vieux Fourneaux !
Lupano et Cauuet décrivent avec toujours autant de drôlerie la chute libre de notre société. Restent Mimile, Antoine, Pierrot et ses anars malvoyants pour redresser la barre. Un versement inattendu de la « finance carnassière » arrive à point nommé, mais réveille également de douloureux souvenirs pour Pierrot. Sa muse libertaire, Ann Bonny, réapparaît…

Dans ce 2e tome, on retrouve la bande de joyeux compères délirant. Et Les Vieux Fourneaux nous font entrer un peu plus dans le monde anarcho-gauchiste de Pierrot et c’est un régal, surtout la visite du siège/camp de base du collectif « Ni yeux ni maitre ».

La paire Wilfrid Lupano/Paul Cauuet fonctionne parfaitement dans ce tome-ci, naviguant toujours entre un fond revendicatif, militant et un ton drolatiquement évident. De plus, la présence de Jean-Francois Copé, dans ce tome, Bonny and Pierrot, entraine une réaction irrésistible mais je n’en dis pas plus. C’est génial.


3. Celui qui part (2015)

Le résumé de l’éditeur: Après deux albums en 2014, voici le troisième tome, très attendu, des Vieux Fourneaux ! Lupano et Cauuet se penchent cette fois sur le cas de Mimile, qui a passé sa vie à bourlinguer dans le Pacifique, entre bourre-pifs, rugby et amitiés au long court. Pirate un jour, pirate toujours ! En parallèle : Pierrot et son collectif « Ni Yeux Ni Maître » jouent les abeilles tueuses, et Sophie apprend qu’à la campagne, on ne prend pas ses oeufs de poule chez les vieilles chouettes. Bref, les « vieux fourneaux » sont de retour, pétant la forme!

Ce tome aborde les relations au sein du village où quelques nouveaux Vieux Fourneaux font leur apparition et cela nous en apprend plus sur le caractère des principaux acteurs de cette série. Quelques surprises en perspective. Un très bon tome que Celui qui part car cette fois, c’est Mimile qu’on apprend à mieux connaitre, son passé surtout.

Je me régale toujours autant malgré le fait que j’enchaine les tomes. Les Vieux Fourneaux est vraiment une réussite.


4. La magicienne (2017)

Le résumé de l’éditeur: Après une tournée d’été du théâtre du « Loup en slip », Sophie et Antoine rentrent au bercail… pour découvrir leur charmant village en pleine effervescence ! Le projet d’extension de l’entreprise Garan-Servier, qui relancerait l’économie de la région, est menacé… par une mystérieuse « magicienne dentelée » occupant le terrain. Branle-bas de combat pour les zadistes ! Cela dit, c’est un coup de bol pour les vieux fourneaux, qui peuvent enfin partir à la recherche de leur trésor oublié…
Quant à Sophie, elle apprend une délicate vérité au sujet de son père…Confidence pour confidence, révélera-t-elle enfin l’identité du père de sa fille, Juliette?

Si vous vous demandez ce que les vieux croutons feraient dans une ZAD, ce tome là de Les Vieux est pour vous. La Magicienne est un prétexte découvrir de nouveaux personnages. Et c’est un plaisir renouvelé que lire les nouvelles péripéties concoctées par Wilfrid Lupano qui ne manque pas d’imagination et conserve ce ton militant propre à nos vieux et sympathique octogénaire.

Les dessins de Paul Cauuet continue de me régaler et il y a pas de raison que ça change. Le trait est vif et fin, enjoué et pétillant. J’adore.


5. Bon pour l’asile (2018)

Le résumé de l’éditeur: Retour à Paris pour Antoine, Mimile et Juliette. Le plan est simple : ramener Juliette auprès de sa mère, puis filer au Stade de France pour assister au match de rugby France-Australie. C’est du moins ce qui est prévu… Mais, désireuse de voir son père et son grand-père se rabibocher, Sophie les oblige à s’occuper ensemble de Juliette jusqu’au lendemain. Mimile ne peut donc compter que sur Pierrot pour l’accompagner au match. Or, Pierrot l’anarchiste mène un nouveau combat : il s’est engagé en faveur des migrants. Alors vous pensez bien qu’assister à un match opposant la France, qui refuse d’accueillir les migrants, à l’Australie, qui ne pense qu’à les entasser dans des camps, bafouant ainsi les droits de l’homme, c’est hors de question ! Mimile n’a plus pour seule compagnie que ses désillusions… Et si lui aussi était bon pour l’asile ?

À l’heure ou je lis ce tome 5. Bons pour l’asile, c’est le dernier de la série. Le suivant devrait voir le jour dans les bacs des libraires en fin d’année. Cette fois, tout le monde ou presque quitte la campagne et se retrouve à Paris. L’humeur des planches s’en ressent car plus terne mais heureusement que les 3 compères ne manquent ni d’amis ni de caractères. Avec ce tome, on se retrouve avec une merveille d’action militante et engagée. Les Vieux Fourneaux est en quelque sorte, un guide du militantisme anti-capitaliste. Mais pas que. Il y a aussi de beaux moments d’émotions et de prise de conscience. Le scénario de Wilfrid Lupano est toujours d’une justesse millimétrique tandis que les dessins de Paul Cauuet sont jubilatoires.

On a vraiment pas envie que cette série s’arrête et en même temps, on voudrait pas voir le phénomène s’essouffler. Cruel dilemme pour les auteurs qui doivent maintenir un niveau d’exigence toujours supérieur.


Livrepoche.fr, un livre, une poche…

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