Les fantômes du chapelier de Simenon

Les fantômes du chapelier (1949) de Simenon…

Le résumé de l’éditeur: On était le 3 décembre et il pleuvait toujours. Le chiffre 3 se détachait, énorme, très noir, avec une sorte de gros ventre, sur le blanc cru du calendrier fixé à la droite de la caisse, contre la cloison en chêne sombre séparant le magasin de l’étalage. Il y avait exactement vingt jours, puisque cela avait eu lieu le 13 novembre encore un 3 obèse sur le calendrier , que la première vieille femme avait été assassinée, près de l’église Saint-Sauveur, à quelques pas du canal.
Or, il pleuvait depuis le 13 novembre. On pouvait dire que, depuis vingt jours, il pleuvait sans interruption.
C’était le plus souvent une longue pluie crépitante et, quand on courait la ville, en rasant les maisons, on entendait l’eau couler dans les gouttières ; on choisissait les rues à arcades, pour être un moment à l’abri ; on changeait de souliers en rentrant chez soi ; dans tous les foyers, des pardessus, des chapeaux séchaient près du poêle, et ceux qui manquaient de vêtements de rechange vivaient dans une perpétuelle humidité froide.
Il faisait noir bien avant quatre heures et certaines fenêtres étaient éclairées du matin au soir.

Enième « romans durs » de Simenon, je rajoute Les fantômes du chapelier à mes lectures. J’y vais serein car je suis sûr d’y trouver à peu près tout en moins de 200 pages. Le style déjà, épuré, simple, juste qui dit tout sans forcer. Puis les histoires, toujours plus globales que ce que laisse penser ces courts romans.

Les fantômes du chapelier, c’est une histoire assez étrange de mon point de vue. On suit un personnage sans trop savoir ce qu’il est vraiment. Un petit goût de polar psychologique. Simenon laisse longtemps planer le doute, joue avec nous comme avec ses personnages. Il ne se passe pas grand chose dans ce roman et pourtant, on est happé dans cet univers qui flirte le noir. L’humanité, encore une fois, se dégage de ses personnages et c’est toujours jouissif de ne pas être pris pour un lecteur idiot par un auteur qui n’explique pas tout, par le menu, avec forces détails pour être sûr qu’on ait bien compris.

Les fantômes du chapelier n’est peut-être pas le roman de Simenon que je vais mettre en tête de mes préférences mais il y a un petit quelque chose dans le fatalisme, dans la psychologie qui le rend très intéressant. De toutes façons, lire un Simenon, c’est déjà gage d’un bon moment. Je me rappelle juste Strip-tease qui m’avait laissé de marbre mais je pense que les circonstances, le fait de le lire en voyage, de façon très fragmenté, n’a pas aidé. J’ai même envie de le relire pour corriger cet avis que je sais faussé.


Livrepoche.fr, un livre, une poche…

15 comments to “Les fantômes du chapelier de Simenon”
  1. Simenon. De ses romans posséder deux malles. L’une contenant ceux lus, l’autre ceux à lire. Dans la seconde plonger sa main à l’aveugle, lire et déposer dans la première. A chaque fois, la presque certitude de piocher du bon. Délicieuse constante de qualité. Étonnant. Peu de biographies d’auteurs comparables peuvent prétendre à une telle particularité.

    • Effectivement, il ne doit pas y avoir beaucoup d’auteurs à avoir un tel niveau d’oeuvres de cette qualité. Tu es un chanceux d’avoir tous ses exemplaires. Et tu as en plus les Omnibus?
      Et pour les films, je ne suis pas celui qui pourrait t’aider.

    • Non, je n’en ai pas tant que çà. Mon propos était une image. J’en avais avant, déjà. Je les guette maintenant chez les bouquinistes (çà se trouve facilement), chez les soldeurs (un omnibus à 5 euros çà ne se refuse pas et çà a été le cas), dans les boutiques style Easy Cash (on y fait de bons coups, y compris des omnibus), dans les boites à livres (l’auteur y est récurrent mais ce sont toujours de vieilles éditions). Pas d’ebook.

    • Avant de travailler dans une librairie, je devenais fou et cherchant sur les bouquinistes d’occasions d’internet et toutes les possibilités à dénicher. J’aimais bien le principe de Recyclivre et leur démarche sociale. Tu connais?

    • Pour être libraire, à vrai dire, je ne sais pas ce qu’il faut. Perso, je suis rentré avec beaucoup de chances comme réceptionnaire, un poste pour des librairies assez grande quand même. C’est un peu les coulisses et ça me va bien.

  2. Citation, Nicolas: « Puis les histoires, toujours plus globales que ce que laisse penser ces courts romans. »
    >>>> Oui, à chaque fois, à chaque « Roman Dur » on trouve un tout plus grand que la somme des éléments. Ce n’est, à mon sens, pas tant du à l’histoire rapportée (guère complexe au final) qu’à la manière dont elle nous est proposée, dans sa progression, dans ce style lent qui laisse des trous et des non-écrits que le lecteur bouche au rythme de son imagination et de son ressenti en évolution constante. …
    « Le roman dur » a quelque chose de la trompette de Miles Davis qui parle et raconte avec ses silences …

N'ayez pas peur de commenter