Druuna de Paolo Eleuteri Serpieri

Druuna (1986-2019) de Paolo Eleuteri Serpieri…

Le résumé de l’éditeur: Dans un futur post-apocalyptique, un dangereux virus transforme les hommes en effroyables mutants assoiffés de sang. Seul le sérum permet aux survivants d’en réchapper. Dans ce monde corrompu par le sexe, la maladie et la violence, la jeune et belle Druuna part en quête de la moindre fiole de ce remède pour sauver l’amour de sa vie : Schastar, gravement atteint. Aussi intrépide que sensuelle, elle va user de tous ses atouts pour parvenir à ses fins…


01 Morbus Gravis (1986)

Le résumé du tome 1: « Le Mal » sévit dans l’univers très compartimenté dans lequel vit la jolie Druuna… Terrible fléau, il ronge les corps de ses victimes et les transforme en monstres assoiffés de sang. Un vaccin existerait, cependant : on peut se le procurer en dosettes, et c’est après ce remède que Druuna court sans répit d’un secteur à l’autre, afin de pouvoir l’administrer à son compagnon Schastar qu’elle espère bien sauver de la fatale métamorphose qui sinon l’attend…

Après Milo Manara, je me devais de découvrir un autre monument de la BD érotique, à savoir Paolo Eleuteri Serpieri. Je fais donc la connaissance de la plantureuse Druuna dans ce 1er tome, Morbus Gravis. Ne soyez pas surpris, je vais parler de chacun des 9 tomes individuellement plutôt que de reprendre les intégrales qui les regroupent par 2.

Au delà de la sensualité, de la sexualité et tout ce qui tourne autour des fantasmes masculins, j’ai découvert un univers SF pas dénué de caractère ni d’intérêt. À la fois organique et métallique, le mon de de Druuna se dessine peu à peu et il faut un certain temps avant de comprendre où on se trouve. Le suspense est bien gardé et titille la curiosité.

Dans Morbus Gravis, Paolo Eleuteri Serpieri nous ballade avec Druuna, souvent dénudée, souvent victime de la concupiscence des hommes ainsi que celle des infectés par le virus. Mais ce n’est pas une victime car elle assouvit également ses envies. Pour autant, les scènes érotiques restent complètement intégrées à l’histoire et ne semble pas jeté là, gratuitement.

Les planches sont bien chargées, désaturées et participent d’une sorte d’étouffement biologique, d’oppression, de menace sourde. Ça fonctionne bien aussi, surtout quand Druuna amène de surplus de luminosité dans le cadre.


02 Delta (1987)

Le résumé: « La Cité » est le nom de l’astronef dans lequel évolue Druuna. Lewis, qui en a la responsabilité, va demander à la jeune femme de se rendre au centre énergétique de la Cité et d’y détruire Delta, l’ordinateur central. Druuna va accepter cette mission et sa quête sera l’occasion pour elle de rencontrer de nombreuses personnes, animées d’intentions plus ou moins bonnes…

2e tome de la soirée Druuna, Delta approfondi ce que l’on a découvert dans le 1er tome. Cette fois, c’est la situation qui s’affine. On commence à entrevoir un peu plus les tensions internes à l’univers développé par Paolo Eleuteri Serpieri. Rassurez-vous Druuna à toujours tendance à être dévêtue.

Une plus grande place est laissé à une télépathie qui aide l’héroïne a évolué dans cet espace qu’on découvre avec elle. On y trouve l’un des éléments fondamental de l’intrigue dont Druuna devient l’agent.

La série Druuna est toujours licencieuse dans son approche des fantasmes de son héroïne et il me tarde d’en savoir plus. Qu’est-ce que Paolo Eleuteri Serpieri nous réserve.


03 Creatura (1990)

Le résumé de l’éditeur: Un vaisseau spatial est en approche d’un mystérieux astéroïde. Will, l’un des membres de l’équipage, a d’étranges visions alors qu’il capte un signal radio provenant du corps céleste. Un « rêve » qui parait pourtant si réel… À l’issue d’un majestueux dédale, il rencontre une femme magnifique vêtue de rouge. Elle l’attend pour faire l’amour mais prétend qu’il n’est que le fruit de son imagination : une illusion dans une illusion. Elle dit s’appeler Druuna…

Ce tome 3, Créatura, nous invite à sortir de ce vaisseau spatial. Ion prend du recul physique mais le lecteur n’est certain de rien tant Paolo Eleuteri Serpieri brouille notre vision d’ensemble pas des scènes totalement fantasmagoriques dont on ne sait si elles sont vécus réellement, fantasmées, rêvées ou dues à la communication télépathique. 

On est plus surpris de retrouver Druuna dans des situations qui mettent sa verrue à rudes épreuves. Non, je plaisante. Elle est très loin d’être une sainte nitouche. On sait très bien quelle n’est pas la dernière à se mettre nue dans l’éventualité d’un coït ou autres. Pour le coup, je ne suis pas certain que cela soit de la concupiscence mais plutôt la seule manière qu’elle ait trouvé pour survivre.

Je l’ai peut-être pas dit mais perdue au fin fond de l’espace, dans un étrange vaisseau mi métallique mi biologique, menacée par des hommes infectés d’un virus qui les transforment en monstres libidineux, la seule stratégie de survie possible pour Druuna est justement de ne pas s’effondrer psychologiquement par tous les viols qu’elle subit et d’en faire ses désirs, ses envies, ses besoins. Vous ne trouvez pas? 

L’histoire évolue et donne envie de lire la suite, rapidement.

04 Carnivora (1992)

Le tome 4 de Druuna m’a fait l’effet d’être une fin de cycle. Je n’ai pas fait de recherche sur Paolo Eleuteri Serpieri et j’ignore les vicissitudes  concernant le processus de création de cette série. Le succès l’a-t-il poussé à faire plus de tomes que prévu ? Quand on regarde les dates il n’y a pas un gros écart avec la suivante. Pourtant Carnivora se termine sur un paroxysme narratif.

La tension et la menace est à son comble et Druuna n’a plus aucun échappatoire sauf, sauf ce qu’a concocté Paolo Eleuteri Serpieri. Pour le coup, ce tome est judicieux car on aurait pu penser que les aventures de Druuna devenaient répétitives. De cette manière, le tome 5, Mandragora devient une curiosité pour savoir comment tout cela va évoluer et que va-t-il advenir de la sulfureuse Druuna.


05 Mandragora (1995)

Le résumé de l’éditeur: Sortie d’un étrange rêve en compagnie de son amant Shastar, Druuna est convoquée par le commandant du vaisseau. Le « mal » est à bord, et c’est elle qui doit retrouver la formule du sérum capable d’endiguer ce fléau. Druuna part alors pour un nouveau voyage cérébral au cœur de la cité dont elle est originaire. Elle y retrouvera Shastar bien sûr, mais aussi son gnome sauveur et le docteur Ottonegger, qui lui révèlera l’ingrédient nécessaire au remède qu’elle cherche, une fleur mystérieuse : la Mandragore…

À la fin de Carnivora (T.4), je me demandais de quelle manière Paolo Eleuteri Serpieri parviendrait à poursuivre son histoire tout en conservant l’ambiance organico-mécanique de ses planches qui ont fait son succès et le succès de la série Druuna. Et oui, elle a été secouru et s’est enfui de ce vaisseau « colonisé », « possédé ».

Il a trouvé une bonne idée, celle du rêve. Elle est certes un peu facile et ne pourra (je l’espère) pas aller au-delà de Mandragora. Dans ce tome, le lecteur sait où il se trouve réellement et sait que tout est un rêve. Les fantasmagories déployées sont moins perturbantes et la lecture devient plus confortable.

Pour le reste, il arrive toujours de terribles mésaventures à Druuna qui doit déployer ses talents (son corps) pour s’en tirer. J’ai l’impression que les scènes montent en niveau. Niveau de sexe d’abord, plus explicite encore et niveau de violence aussi, plus gore il me semble. C’est pas fait pour me déplaire (en disant ça, je me fais l’effet d’une psychopathe).

J’imagine qu’il faut toujours en faire plus pour ne pas lasser son lectorat.


06 Aphrodisia (1997)

Le résumé de l’éditeur:Le commandant Williamson erre dans un désert sans fin qui subit des changements dès qu’il est moins attentif à ce qui l’entoure. Ainsi se formera tout près de lui une immense tour dans laquelle il entrera. Il y fera la rencontre avec un Schastar virtuel qui tentera de lui expliquer qu’il est dans son esprit et dans celui de Lewis, liés l’un à l’autre dans l’intemporalité. Et qu’il est ainsi en même temps en communion d’esprit avec Druuna.
Tout ceci, c’est ce qu’a raconté Williamson à Doc. Sur les écrans de ce dernier est apparu une suite de signes qu’ils attribuent à Druuna. Elle-même en a eu la révélation dans l’univers dans lequel elle évolue. Ces signes signifieraient « Aphrodite », du nom d’une déesse d’autrefois…

Ce tome 6, Aphrodisia, poursuit sa narration autour du rêve, celui dans lequel se trouve Druuna pour y déceler la vérité ainsi que le remède à tous ses maux. Paolo Eleuteri Serpieri y ajoute des notions de doubles qui n’aide pas à situer clairement le déroulé. Peu importe à vrai dire. Aphrodisia fait la paire avec Mandragora, le précédent.

Pour le coup, avec une telle fin, je me demande comment Paolo Eleuteri Serpieri relance encore cette série SF pornographique.

Ce tome n’est donc pas très surprenant, toujours très marqué par une fantasmagorie sans limite. Violence et sexe. les ingrédients sont toujours là. J’espère que les 3 tomes de la suite changeront un peu de recettes auquel cas il faudrait que je me console de cela avec les perversions que subit cette pauvre Druuna.


07 La Planète oubliée (2000)

Enfin un changement de décor pour le 7e tome des aventures érotisé-fantastique de Druuna avec La planète oubliée. Paolo Eleuteri Serpieri, il me semble, commence à manqué d’imagination dans les tourments que traversent la belle humaine. C’est tellement trop répétitif que cela en devient tragi-comique.

Druuna devient le centre d’intérêt total comme dernière représentante de sa race et de fait, point nodal des ambitions diverses. Il est heureux que l’univers se minéralise un petit peu, cela permet d’avoir l’impression d’une certaine évolution.Pour le reste, l’histoire est un petit flou et cela s’accentue à mesure que la lecture s’éloigne.

Heureusement que les dessins de Paolo Eleuteri Serpieri restent très bon et permettent, par leur foisonnement, leur fourmillement, de conserver le plaisir de tourner les pages, surtout qu’il y a la promesse d’y voir plus qu’un bout de peau de la belle héroïne.

Je tiens le coup pour lire jusqu’au dernier car je suis comme ça mais cela me lasse un peu. Peut-être est-ce du à l’histoire qui est vraiment trop alambiqué entre rêves et réalité.


08 Clone (2004)

Ça y est. Les tomes se mélangent. Je ne sais plus si ce que j’ai lu est dans le dernier, ou l’avant dernier. Copie de copie, Notre chère Druuna n’a jamais changé de voie ou de voix. Amnésie qui embrouille un scénario déjà bien tortueux. Paolo Eleuteri Serpieri m’a perdu dans les rêves, les souvenirs, les cloneries ou la réalité. Tout a perdu de sa substance. Il est difficile de dire avec certitude ce qu’il se passe.

Encore un dernier tome pour clôturer cette série et j’espère qu’il aura un ton, une empreinte différente que je puisse enfin et clairement identifié Celle qui vient du vent quand je ferais appel à mes souvenirs pour le décrire. de clone, il ne me reste rien de marquant que le titre qui résume ma perplexité, un flou encore plus grand. 

Heureusement que Druuna continue de subir les affres de la concupiscence car, que resterait-il sinon ?


09 Celle qui vient du vent (2019)

Fin de série pour Druuna avec cet ultime tome, le numéro 9, Celle qui vient du vent. Je ne me rends compte que maintenant que ce tome arrive 15 ans après le précédent. D’ailleurs, je lis que Paolo Eleuteri Serpieri travailla à une suite tandis qu’il confie les prequels à un scénariste (Alessio Schreiner) et un dessinateur (Eon). Celle qui vient du vent n’est donc pas l’ultime tome. 

Pourtant, je me demande vers quoi Paolo Eleuteri Serpieri peut se tourner tant son histoire est alambiquée et torturée psychologiquement. Ce que je remarque, c’est qu’après être passé par une phase pornographique (les tomes du milieu), Druuna devient un peu plus soft. Le temps passe. L’auteur veut-il élargir le lectorat ? Je ne sais passais j’avoue que j’étais bien content de terminer une série qui a fini par me lasser et je n’ai pas spécialement envie de la voir se poursuivre sans un renouveau scénaristique plus tangible.


Livrepoche.fr, un livre, une poche…

7 comments to “Druuna de Paolo Eleuteri Serpieri”
  1. Je ne savais pas qu’il existait 9 tomes consacrés à Druuna.
    J’ai du en lire 3 à parution. Puis plus rien. Pourquoi ? Je ne sais plus. Surement une logique financière au-delà d’un accès réservé en médiathèque. Le monde décrit se construisait peu à peu et portait une certaine logique, Druuna avait plastiquement un goût de revenez-y. Serpieri sait dessiner et porte en lui une très forte singularité graphique tout en restant classique dans son assemblage de vignettes et phylactères.
    Il me faudrait y revenir.

    Je préfère Manara qui apporte plus d’élégance anatomique à ses filles de papier. Histoire de goût.

    • Alors, peut-être as-tu lu les versions intégrales qui les regroupent par 2 (sauf le dernier). En revanche, s’il devait y avoir une coupe, ce serait après le t.4.
      Et pour les préférences, je ne saurais choisir. Pour l’élégance des femmes Manara est devant, forcement mais leur attitude est tellement lascive, sexuelle, lubrique que cette élégance en prend un coup.

N'ayez pas peur de commenter