Des fleurs pour Algernon de Daniel Keyes

Des fleurs pour Algernon (1966) de Daniel Keyes, traduit par Georges H. Gallet, Prix Nebula du meilleur roman 1966…

Le résumé de l’éditeur de poche, ici: Algernon est une souris dont le traitement du Pr Nemur et du Dr Strauss vient de décupler l’intelligence.
Enhardis par cette réussite, les savants tentent, avec l’assistance de la psychologue Alice Kinnian, d’appliquer leur découverte à Charlie Gordon, un simple d’esprit. C’est bientôt l’extraordinaire éveil à la conscience pour le jeune homme. Il découvre un monde dont il avait toujours été exclu, et l’amour qui naît entre Alice et lui achève de le métamorphoser. Mais un jour, les facultés supérieures d’Algernon commencent à décliner…

Cet exercice de style d’anticipation saura, à tout le moins, vous intéresser. Possiblement vous séduire et vous émouvoir. Des fleurs pour Algernon n’est presque pas de la SF tant Daniel Keyes explore le côté sociologique de la situation. À l’aulne de notre époque et des avancées de la recherche médicale, cette thématique est très probable. Pas difficile d’envisager la possibilité qu’un traitement médical pâlie certaines déficiences, même mentale.

Mais le business est le business. La rentabilité dirige le monde. Pas de client, pas de recherche. Des fleurs pour Algernon reste de l’anticipation.

Tout d’abord, c’est la justesse formelle de ce roman qui est à souligner. Récit à la première personne, on est directement en prise avec les pensées du narrateur. Et cela prend toute son importance car pensées et intelligence sont corrélées. De fait, le style évolue sans cesse pour coller à l’histoire.

De plus, Daniel Keyes nous délivre une histoire dont la mémoire elliptique du narrateur ajoute du pep’s et des révélations à mesure que les souvenirs lui reviennent. Étonnamment, ce roman est peu marqué temporellement. Il ne fait pas ses 50 ans. Il m’a fallu pas mal de temps avant de me rendre compte qu’il n’était pas de ce millénaire.

Des fleurs pour Algernon est touchant et sensible par côté mais c’est malheureusement quand la simplicité du narrateur est présente. Les passages autres m’ont laissé un peu froid. Est-ce voulu par Daniel Keyes pour coller encore plus près au sentiment du narrateur? C’est réussi. 

Il y a une chose qui me gêne dans cette histoire, c’est l’absence de surprise dans l’évolution générale de la trame. On sait très vite comment cela va se terminer. Et même si c’est ce qu’il fallait écrire pour être « juste », on y perd la découverte de ce qui va arriver.

Les dernières lignes arrachent quand même un jolie moment d’émotion et je dois saluer ce roman comme une réussite. Je vous laisse me dire si vous faite partie de ceux qui l’ont adoré sans restriction ou ceux qui trouvent que tant d’engouement est un peu exagéré.


Livrepoche.fr, un livre, une poche…

10 comments to “Des fleurs pour Algernon de Daniel Keyes”
    • Je n’ai pas été si ému que cela. Peut-être car la fin est sue presque dès le début. Il ne peut en être autrement, du coup, pas de surprise, on a le temps de se faire à l’idée.
      L’as-tu lu, aimé, pleuré?

    • Oui, je l’ai lu il y a très très longtemps. Le roman doit être sur mon île déserte sur Babelio. C’était une époque durant laquelle l’ouvrage n’avait pas encore vraiment fait parler de lui. Seuls un bouche à oreille flatteur et une frange de la critique pro écrite (Le magazine Fiction par exemple) poussait à le lire. J’étais tombé dedans sans trop savoir à quoi m’attendre, l’inverse de maintenant où Internet renseigne sur tout. Le sujet et sa manière d’ètre traité me fut un électrochoc.

    • Il y a comme ça, au gré de réédition ou des adaptations, des phénomènes populaires autour de certaines oeuvres anciennes.
      Je comprends ce que tu veux dire sur l’électrochoc et en ce sens, l’exercice de style est très réussi. Je n’avais même pas lu le résumé et j’ai eu la surprise de le découvrir aussi. Le seul petit regret vient du fait qu’on voit très rapidement comment l’histoire va évoluer et se terminer.

  1. J’en ai compris l’engouement car comme tu dis c’est une véritable réussite formelle, mais je n’ai pas été enthousiasmée car je trouve plutôt que ça fait froid dans le dos. Puis moi qui crois aux vertus de l’éducation, j’ai été tellement mal à l’aise tout du long que c’est difficile d’en sortir en disant que j’ai aimé.
    Par je te rejoins sur l’absence de surprise dans le déroulement de l’histoire.
    Et en voilà un que je ne relirai pas même si c’est devenu un classique de la SF 😉

    • On peut difficilement trouver ce roman mauvais. C’est un fait. C’est un roman qui parle plus facilement que d’autres à chacun selon son parcours de vie et son rapport à la différence. Il nous met mal à l’aise comme toi, en totale empathie ou un peu distant comme moi.

  2. Team gros coup de cœur (tu le sais déjà). C’est venu au fur et à mesure de ma lecture audio.
    C’est probablement le dernier gros quart qui m’a le plus émue.

    C’est une histoire qui touche à l’intime de chacun, à son propre vécue et le rapport à la différence (qu’elle soit minime -mais est-ce qu’elle l’est quand on en est victime?- ou plus importante).
    Moi je crois qu’elle m’a particulièrement touchée cette histoire parce que je sais ce que ça fait quand la médecine résout un truc (rien dans les proportions de ce roman hein), que d’un coup cela vous fait vous sentir dans la norme, plus jugé ou moqué… et puis que vous le perdez.
    C’est entr’autre pour cela que j’ai été très touchée par le personnage.

    Mais par ailleurs, c’est une sacrée histoire qui amène à réfléchir sur notre manière à tous.tes de traiter les autres et particulièrement les personnes avec un handicap mental.

    • C’est peut-être pour ça que j’ai été moins touché. Même en ayant beaucoup d’empathie, j’ai jamais été marginalisé. Toujours était dans la moyenne, invisible parmi tout le monde.
      C’est un très belle et cruelle histoire, on est d’accord.

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