Cris de Laurent Gaudé

Cris (2001) de Laurent Gaudé…

Le résumé de l’éditeur de poche, ici: Ils se nomment Marius, Boris, Ripoll, Rénier, Barboni ou M’Bossolo. Dans les tranchées où ils se terrent, dans les boyaux d’où ils s’élancent selon le flux et le reflux des assauts, ils partagent l’insoutenable fraternité de la guerre de 1914. Loin devant eux, un gazé agonise. Plus loin encore retentit l’horrible cri de ce soldat fou qu’ils imaginent perdu entre les deux lignes du front : « l’homme-cochon ». A l’arrière, Jules, le permissionnaire, s’éloigne vers la vie normale, mais les voix des compagnons d’armes le poursuivent avec acharnement. Elles s’élèvent comme un chant, comme un mémorial de douleur et de tragique solidarité, prenant en charge collectivement une narration incantatoire, qui nous plonge, nous aussi, dans l’immédiate instantanéité des combats, avec une densité sonore et une véracité saisissantes.

Voila Cris de Laurent Gaudé, un roman sur la Guerre 14-18 ou plutôt un roman sur les hommes qui ont vécu le front de la Guerre 14-18. La nuance est importante car ce sont les voix d’hommes qu’on entend, leurs Cris qui se fond dans le vacarme des bombardements.

Réalisme n’est pas le mot qui vient et quand on connait un peu Laurent Gaudé, ce n’est pas ce qu’on attend. Cris est un roman lyrique, épique et métaphorique. En suivant l’action à hauteur d’hommes, le lecteur est immergé dans ces voix qui se passent le relai, peignant un ensemble de sentiments et de réactions possible à une situation donnée. C’est touchant. C’est intense. C’est brutal. Et un peu halluciné aussi. Mais c’est aussi un roman qui ne se livre pas totalement et qui garde une part mystérieuse.

J’entends par là que je reste avec quelques questions sur des incompréhensions notamment sur « le gazé » et Jules le permissionnaire. Mais là n’est pas l’important. Cris va chercher plus profond, là où il y a les tripes et le coeur.

Dans un style épurée, Laurent Gaudé nous raconte sa vision de la Guerre 14-18 et ça vaut le détour. Une touche de rappel, ou plutôt un Cris de rappel pour ne pas oublier que le pire n’est pas impossible.


Livrepoche.fr, un livre, une poche…

6 comments to “Cris de Laurent Gaudé”
    • Non justement, Nicolas, je ne l’ai pas lu. Je ressens un fort attrait pour tout ce qui touche à 14-18 à condition d’échapper à l’exposition de stratégies militaires, et voir ce que je lis centré sur une dénonciation du conflit.

    • Avin, il n’y a pas de stratégie militaire dans ce roman. Il est plutôt sensitif que technique, voir métaphorique. Il n’est pas non plus dénonciateur du conflit, sinon par le simple fait de l’absurdité de la Guerre. Cris est une histoire à hauteur d’hommes.

    • Je peux comprendre Nath. Outre le sujet fort, il y a une concision et une épure stylistique très évocatrice. S’il n’y avait pas cette incompréhension par moment, je pourrais dire la même chose.

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