La Nuit des temps de René Barjavel

La Nuit des temps (1968) de René Barjavel, Prix des Libraires 1969…

Le résumé de l’éditeur: L’Antarctique. À la tête d’une mission scientifique française, le professeur Simon fore la glace depuis ce qui semble une éternité. Dans le grand désert blanc, il n’y a rien, juste le froid, le vent, le silence.
Jusqu’à ce son, très faible. À plus de 900 mètres sous la glace, quelque chose appelle. Dans l’euphorie générale, une expédition vers le centre de la Terre se met en place.

Par une association d’idées phonétiques, je pensais maladroitement que René Barjavel était de la même époque que Machiavel. Mon inculture prête à sourire mais je me soigne, petit à petit. Avec La Nuit des temps, je découvre cet auteur classique (mon beau-père dit contemporain). Et quelle n’est pas ma surprise de trouver un roman décomplexé, original, inspiré.

La Nuit des temps n’est pas avare en thèmes. De la politique à l’écologie, de l’amour à la communication, René Barjavel se sert de beaucoup d’éléments dans ce roman de SF « à la française ». Et ne sachant pas ce que j’allais lire, j’ai été emporté, transporté dans cette exploration australe.

Alors certes, le contexte politique du roman se teinte de son pendant dans la réalité au moment de l’écriture, la guerre froide. Mais la position française, vue par René Barjavel, se veut exemplaire et morale, à la hauteur de la situation comme on le dirait de nos jours. Je n’ai pas trop senti les tensions est/ouest car tout un chacun est intégré dans l’intrigue. En y repensant, je n’ai peut-être pas été assez vigilant sur la symbolique des pays via leur représentants. Et la guerre froide prend un tournant inattendu.

Puis, sans déflorer l’évolution de l’intrigue de La Nuit des temps, René Barjavel tisse son récit autour d’une histoire d’amour hors du temps et là, j’ai eu un peu de mal à être en empathie avec ce couple. Mais cela s’explique par un manque de carnation et cette relation est un peu trop « new âge » (j’ai lu ça dans un commentaire sur un autre blog et ça colle bien), un peu perchée. Le contexte est plaisant à découvrir et plus subtil qu’au premier abord.

Et alors que j’étais dans le plaisir de cette lecture et la tension de l’intrigue, la fin est venue me saisir. Je l’ai pas vu venir et j’ai été dans le même état qu’à la fin de mon Shakespeare préféré, R&J.


Livrepoche.fr, un livre, une poche…

22 comments to “La Nuit des temps de René Barjavel”
    • Mon premier de cet auteur et c’est en partie ta faute si je le tiens entre les mains. Responsabilité partagée avec Alvin. 😉

  1. Je cherchais ton avis mais si j’ai bien compris,il n’est pas encore là. Dans tous les cas, je voulais laisser une trace de mon passage parce que j’adore le style de la photo que t’as prise et le remaniement de ton blog. Un pur régal visuel

  2. Je pense l’avoir déjà dit dans ton suivi sur Livraddict, je n’ai pas trop embarqué dans cette histoire d’amour trop fusionnelle à mon goût, mais effectivement, quelle claque que cette fin!

    • Cette histoire d’amour basée sur les affinités génétiques est peut-être une lubie de l’époque. Mais c’est contrebalancé par les autres, les sans bague. Et cette fin oui, une réussite…

  3. Je crois que j’ai un problème de mémoire… me souviens plus du tout de la fin, nom de Zeus!
    En fait, j’avais eu une bonne impression sitôt le roman terminé, mais quelques jours après, en y réfléchissant avec analyse, j’ai changé d’avis.. trop de clichés à mon goût, et plusieurs points qui m’ont dérangée mais dont je ne peux parler, pour garder le plaisir de la découverte aux autres lecteurs 😉

    • Pour la fin, je t’enverrais un mail pour te rafraîchir la mémoire.
      Il est dur de parler de ce roman sans trop en dire. J’ai fait un gros effort pour ménager toutes les surprises et rebondissements qui surviennent dans ce roman. C’est vrai qu’il y a des clichés mais au final, comment les contourner, car si tu prends le contrepied, les gens trouvent ça pas logique ou pas crédible.

    • Cheyenne, citation: « En fait, j’avais eu une bonne impression sitôt le roman terminé, mais quelques jours après, en y réfléchissant avec analyse, j’ai changé d’avis..  »
      >>>> Nous avons lu et chroniqué le roman en même temps. Nos critiques furent effectivement enthousiastes si ce n’est qu’après avoir laissé décanter quelques jours le roman montra un autre visage. Fouillant alors le net je me suis aperçu que le titre ne faisait pas consensus et qu’une part non négligeable du lectorat lui reprochait des éléments sombres qui à première vue ne posaient pas problème. Il me faudrait repartir en chasse de cette pensée dissidente qui à contre courant démolissait carrément le roman. Si je retrouve je copie-colle ici.

    • J’ai l’impression que ce roman aborde tellement de thèmes qu’il est probable d’y trouver tout et son contraire. Je veux bien savoir sur quelle base on le démolissait.

    • 1.La suspicion de plagiat de « La sphère d’Or » d’Erle Cox n’est qu’un détail. Mais bon, Barjavel a pu seulement s’en inspirer même si les thèmes paraissent très semblables. D’autant que des cités disparues pullulent en littérature. Reste la Sphère si loin sous la croûte terrestre et le syndrome Belle au Bois Dormant.
      2. Puis ce qui gravite sur des critères purement subjectifs d’appréciation qui n’engagent que ceux qui les ressentent.
      Le problème avec Barjavel c’est qu’il n’est pas facilement décryptable dans les idées et intentions qu’il porte et qu’à partir du moment où le lecteur entrevoit chez lui des intentions racistes (les noirs sur la face cachée de la Lune si je ne me trompe pas), d’eugénisme (la scène de la montagne à gravir) et des relations hommes-femmes très favorables aux premiers, on a beau dire qu’il les dénonce on a l’impression qu’il les cautionne.
      Dès que ces idées affleurent en post-lecture retardée (3 à 4 jours), elles ne démordent plus, s’imposent, restent en place, tout semble coller en ce contresens, on est emporté dans la négation de ce que l’on a lu …et seul alors subsiste le twist final pour se réconcilier avec l’auteur.
      Tout cela est diffus, difficilement explicable mais présent et indélébile.
      Alors oui, tu as raison, on peut voir dans « la nuit des temps » tout et son contraire; mais dès que tu vois l’autre face tu ne comprends plus rien au consensus commun d’entrevoir dans le roman un chef d’œuvre.

    • À part un certain atavisme à la guerre, je n’ai pas senti que Barjavel cautionnait ou dénonçait des faits mais qu’il les exposait. J’ai jamais senti son « avis » sinon celui d’un humaniste, contre la guerre et pour la coopération.

    • Je viens de lire dans la préface que Jacques Goimard (autorité SF s’il en est) consacra, en Omnibus, aux « Romans extraordinaires » une réaction laconique qui assure un certain consensus entre les deux camps :
      « Ces deux grands romans d’amours tragiques… {La nuit des temps +Le Grand Secret} … n’ont pas chez les amateurs de Sf la réputation qu’ils méritent. Il s’en faut de beaucoup. En revanche le grand public n’a cessé de leur faire fête depuis leur parution. Un quart de siècle de succès se n’est pas l’immortalité, mais c’est déjà beaucoup »
      Je plussoie aux propos d’une sommité SF telle que Goimard le fut.

  4. New age c’est tout à fait ça. Il y a aussi des passages où j’ai eu l’impression d’être en plein « trip » hippie – c’est peut-être pour ça aussi que je le trouvais daté 😉
    En tout cas j’ai aussi beaucoup aimé ce roman et je pense que je prendrai plaisir à le relire un jour.

    • « New age », ça vient d’un commentaire (j’ai oublié l’auteur) de ta chronique. Perso, j’ai pas connu cette époque new age, c’était moins flagrant pour moi. 😉

    • Citation Mypianocanta: « Il y a aussi des passages où j’ai eu l’impression d’être en plein « trip » hippie »
      >>>> En 69, Barjavel écrit « Les chemins de Katmandou », jalon français littéraire et cinématographique typique et mythique du mouvement hippie hexagonal. La nuit des temps reprend certains pivots du mouvement: la mode vestimentaire, un concert rock qui ne dit pas son nom, la contestation de rue… etc. Barjavel se défend des emprunts en précisant que le roman était scénario ciné dès 68.

    • C’est le coté « amour symbiose/osmose » qui m’a fait penser à un trip sous acide mais j’ai pas songé au new age. Cependant, in fine, c’est ce qu’il le qualifie le mieux, à mon avis.

  5. Il me faudrait le relire (ça remonte au collège ma primo lecture! trop tôt peut-être?) pour exprimer une opinion.
    J’ai une amie du club lecture de Lyon qui est archi fan de l’auteur. « récemment », j’ai lu 2 titres du monsieur et l’un m’a profondément ennuyé, l’autre plus autobiographique m’a beaucoup plu.
    (tu croyais vraiment qu’il était contemporain de Machiavel? j’ai souri à cette info. Sacré Nicolas :p)

    • Je ne sais pas pourquoi mais pour moi, Barjavel, ça sonne médiéval.
      Chattam dit que c’est un de ses auteurs préférés et trop méconnu à sa juste valeur.

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